Les jambes allongées au soleil, on ne parlait pas vraiment avec Charlie, on échangeait des pensées qui nous couraient dans la tête, sans bien faire attention à ce que l’autre racontait de son coté. Des moments agréables, où on laissait filer le temps en sirotant un café. Lorsqu’il m’a dit qu’il avait dû faire piquer son chien, ça m’a surpris, mais sans plus. C’est toujours triste un clebs qui vieillit mal, mais passé quinze ans, il faut se faire à l’idée qu’un jour ou l’autre il va mourir.
— Tu comprends, je pouvais pas le faire passer pour un brun.
— Ben, un labrador, c’est pas trop sa couleur, mais il avait quoi comme maladie ?
— C’est pas la question, c’était pas un chien brun, c’est tout.
— Mince alors, comme pour les chats maintenant ?
— Oui, pareil.
Pour les chats, j’étais au courant. Le mois dernier, j’avais dû me débarrasser du mien, un de gouttière qui avait eu la mauvaise idée de naître blanc, taché de noir.
C’est vrai que la surpopulation des chats devenait insupportable, et que d’après ce que les scientifiques de l’Etat National disaient, il valait mieux garder les bruns. Que des bruns. Tous les tests de sélection prouvaient qu’ils s’adaptaient mieux à notre vie citadine, qu’ils avaient des portées peu nombreuses et qu’ils mangeaient beaucoup moins. Ma foi, un chat c’est un chat, et comme il fallait bien résoudre le problème d’une façon ou d’une autre, va pour le décret qui instaurait la suppression des chats qui n’étaient pas bruns.
Les milices de la ville distribuaient gratuitement des boulettes d’arsenic. Mélangées à la pâtée, elles expédiaient les matous en moins de deux.
Mon cœur s’était serré, puis on oublie vite.
Les chiens, ça m’a surpris un peu plus, je ne sais pas trop pourquoi, peut-être parce que c’est plus gros, ou que c’est le compagnon de l’homme, comme on dit. En tous cas, Charlie venait d’en parler aussi naturellement que je l’avais fait pour mon chat, et il avait sans doute raison. Trop de sensiblerie ne mène pas à grand chose, et pour les chiens, c’est sans doute vrai que les bruns sont plus résistants.
On n’avait plus grand chose à se dire, on s’était quittés mais avec une drôle d’impression. Comme si on ne s’était pas tout dit. Pas trop à l’aise.
Quelques temps après, c’est moi qui avais appris à Charlie que le Quotidien de la ville ne paraîtrait plus.
Il en était resté sur le cul : le journal qu’il ouvrait tous les matins en prenant son café-crème !
— Ils ont coulé ? Des grèves, une faillite ?
— Non, non, c’est à la suite de l’affaire des chiens.
— Des bruns ?
— Oui, toujours. Pas un jour sans attaquer cette mesure nationale. Ils allaient jusqu’à remettre en cause les résultats des scientifiques. Les lecteurs ne savaient plus ce qu’il fallait penser, certains même commençaient à cacher leur clébard !
— A trop jouer avec le feu...
— Comme tu dis, le journal à fini par se faire interdire.
— Mince alors, et pour le tiercé ?
— Ben mon vieux, faudra chercher tes tuyaux dans les Nouvelles Brunes. Il n’y a plus que celui-là. Il parait que coté courses et sports, il tient la route.
Puisque les autres avaient passé les bornes, il fallait bien qu’il reste un canard dans la ville, on ne pouvait se passer d’informations tout de même.
J’avais repris ce jour-là un café avec Charlie, mais ça me tracassait de devenir un lecteur des Nouvelles Brunes. Portant, autour de moi, les clients du bistrot continuaient leur vie comme avant : j’avais sûrement tort de m’inquiéter.
Après, ça a été au tour des livres de la bibliothèque, une histoire pas claire, encore. Les maisons d’édition qui faisaient partie du même groupe financier que le Quotidien de la ville étaient poursuivis en justice et leurs livres interdits de séjour sur les rayons des bibliothèques. Il est vrai que si on lisait bien ce que ces maisons d’édition continuaient de publier, on relevait le mot chien ou chat au moins une fois par volume, et sûrement pas toujours assorti du mot brun. Elles devaient bien le savoir tout de même.
— Faut pas pousser, disait Charlie, tu comprends, la nation n’a rien à y gagner à accepter qu’on détourne la loi, et à jouer au chat et à la souris. Brune, il avait rajouté en regardant autour de lui, souris brune, au cas où on aurait surpris notre conversation.
Par mesure de précaution, on avait pris l’habitude de rajouter brun ou brune à la fin des phrases ou après les mots. Au début, demander un pastis brun, ça nous avait fait drôle, puis après tout, le langage c’est fait pour évoluer et ce n’était pas plus étrange de donner dans le brun que de rajouter putain con, à tout bout de champ, comme on le fait par chez nous. Au moins on était bien vus et on était tranquille.
On avait même fini par toucher le tiercé. Oh, pas un gros, mais tout de même notre premier tiercé brun. Ca nous avait aidés à accepter les tracas des nouvelles réglementations.
Un jour, avec Charlie, je m’en souviens bien, je lui avais dit de passer à la maison pour regarder la finale de la Coupe des coupes, on a attrapé un sacré fou rire. Voilà pas qu’il débarque avec son nouveau chien !
Magnifique, brun de la queue au museau, avec des yeux marrons.
— Tu vois, finalement, il est plus affectueux que l’autre, et il m’obéit au doigt et à l’œil. Fallait pas que j’en fasse un drame pour un labrador noir.
A peine il avait dit cette phrase que son chien s’était précipité sous le canapé en jappant comme un dingue. Et gueule que je te gueule, et que même brun, je n’obéis ni à mon maître ni à personne !
Et Charlie avait soudain compris.
— Non, toi aussi ?
— Ben oui, tu vas voir.
Et là, mon nouveau chat avait jailli comme une flèche pour grimper aux rideaux et se réfugier sur l’armoire. Un matou au regard et aux poils bruns. Qu’est-ce qu’on avait ri ! Tu parles d’une coïncidence !
— Tu comprends, je lui avais dit, j’ai toujours eu des chats, alors... Il est pas beau, celui-ci ?
— Magnifique, il m’avait répondu.
Puis on avait allumé la télé, pendant que nos animaux bruns se guettaient du coin de l’œil.
Je ne sais plus qui avait gagné, mais je sais qu’on avait passé un sacré bon moment, et qu’on se sentait en sécurité. Comme si faire tout simplement ce qui allait dans le bon sens dans la cité, nous rassurait et nous simplifiait la vie. La sécurité brune, ça pouvait avoir du bon. Bien sûr, je pensais au petit garçon que j’avais croisé sur le trottoir d’en face, et qui pleurait son caniche blanc, morts à ses pieds. Mais après tout, s’il écoutait bien ce qu’on lui disait, les chiens n’étaient pas interdits, il n’avait qu’à en chercher un brun. Même des petits, on en trouvait. Et comme nous, il se sentirait en règle et oublierait vite l’ancien.
Et puis hier, incroyable, moi qui me croyais en paix, j’ai failli me faire piéger par les miliciens de la ville, ceux habillés de brun, qui ne font pas de cadeau. Ils ne m’ont pas reconnu, parce qu’ils sont nouveaux dans le quartier et qu’ils ne connaissent pas encore tout le monde.
J’allais chez Charlie. Le dimanche, c’est chez Charlie qu’on joue à la belote. J’avais un pack de bières à la main, c’était tout. On devait taper un carton deux, trois heures, tout en grignotant. Et là, surprise totale : la porte de son appart avait volé en éclats, et deux miliciens plantés sur le palier faisaient circuler les curieux. J’ai fait semblant d’aller dans les étages du dessus et je suis redescendu par l’ascenseur. En bas, les gens parlaient à mi-voix.
— Pourtant son chien était un vrai brun, on l’a bien vu, nous !
— Ouais, mais ce qu’ils disent, c’est que, avant, il avait un noir, pas un brun. Un noir.
— Avant ?
— Oui, avant. Le délit maintenant, c’est d’en avoir eu un qui n’aurait pas été brun. Et ça, c’est pas difficile à savoir, il suffit de demander au voisin.
J’ai pressé le pas. Une coulée de sueur trempait ma chemise. Si en avoir eu un avant était un délit, j’étais bon pour la milice. Tout le monde dans mon immeuble savait qu’avant j’avais eu un chat noir et blanc. Avant ! Ça alors, je n’y aurais jamais pensé !
Ce matin, Radio Brune a confirmé la nouvelle. Charlie fait sûrement partie des cinq cents personnes qui ont été arrêtées. Ce n’est pas parce qu’il aurait acheté récemment un animal brun qu’on aurait changé de mentalité, ils ont dit. « Avoir un chien ou un chat non conforme, à quelque époque que ce soit, est un délit ». Le speaker a même ajouté « injure à l’Etat National ».
Et j’ai bien noté la suite. Même si on n’a pas eu personnellement un chien ou un chat non conforme, mais que quelqu’un de sa famille, un père, un frère, une cousine par exemple, en a possédé un, ne serait-ce qu’une fois dans sa vie, on risque soi-même de graves ennuis.
Je ne sais pas où ils ont amené Charlie. Là, ils exagèrent. C’est de la folie. Et moi qui me croyais tranquille pour un bout de temps avec mon chat brun.
Bien sûr, s’ils cherchent avant, ils n’ont pas fini d’en arrêter des proprios de chats et de chiens.
Je n’ai pas dormi de la nuit. J’aurais dû me méfier des Bruns dès qu’ils nous ont imposé une première loi sur les animaux. Après tout, il était à moi mon chat, comme son chien à Charlie, on aurait dû dire non. Résister davantage, mais comment ? Ca va vite, il y a le boulot, les soucis de tous les jours. Les autres aussi baissent les bras pour être tranquilles, non ?
On frappe à la porte. Si tôt le matin, ça n’arrive jamais. J’ai peur. Le jour n’est pas levé, il fait encore brun dehors. Mais arrêtez de frapper si fort, j’arrive.
jeudi 3 février 2011
lundi 31 janvier 2011
Académie Française: Quelques liens pour le Dictionnaire des idées reçues
Site de l'Académie Française, qui publie son premier dictionnaire en 1694.
On hésita sur le nom: "”Académie des Beaux Esprits” ? ”Académie de l’Éloquence” ? ”Académie éminente” .... Académie française tout simplement!
Date d'éligibilité limite: 75 ans!
Benjamin actuel: Jean-Christophe Rufin, 59 ans
Jean Dutourd vient de mourir (janvier 2011), et va laisser sa place....
En Avril 2011, on choisira le remplaçant de Maurice DRUON. Un fauteuil est vacant pendant neuf mois.
L'épée n'est pas obligatoire mais est devenur symbolique.
Epée du commandant Cousteau, en cristal: une p'tite video: http://www.ina.fr/video/CAB89024403/epee-en-cristal-de-jacques-yves-cousteau.fr.html
L'épée qui a fait de Simone Veil une immortelle à l'Académie française portant sur sa poignée le matricule 78651, stigmate indélébile, de sa déportation à Auschwitz-Birkenau:
http://www.academie-francaise.fr/
jeudi 27 janvier 2011
Bouvard et Pécuchet, Flaubert, L'Anatomie, étude complémentaire
— Ce doit être une belle étude que l’anatomie ?
M. Vaucorbeil s’étendit sur le charme qu’il éprouvait autrefois dans les dissections Différent des autopsies; et Bouvard demanda quels sont les rapports entre l’intérieur de la femme et celui de l’homme.
Afin de le satisfaire, le médecin tira de sa bibliothèque un recueil de planches anatomiques.
Essort de la biologie au XIXème: développement de la physiologie expérimentale, naissance de l'embryologie scientifique, fondation du musée national d'histoire naturelle et de l'institut pasteur.
1872: début de la taxidermie
— Emportez-les ! Vous les regarderez chez vous plus à votre aise !
Le squelette les étonna par la proéminence de sa mâchoire, les trous de ses yeux, la longueur effrayante de ses mains. Un ouvrage explicatif leur manquait; ils retournèrent chez M. Vaucorbeil, et, grâce au manuel d’Alexandre Lauth, (Alexandre Lauth . professeur de physiologie à la Faculté de médecine de Strasbourg) ils apprirent les divisions de la charpente, en s’ébahissant de l’épine dorsale (L'épine dorsale est constituée de 33 os ou vertèbres) , seize fois plus forte, dit-on, que si le Créateur l’eût faite droite.
http://flaubert.revues.org/index392.html: dossier sur la dimension médicale dans B et P.
— Pourquoi seize fois, précisément ?
Les métacarpiens désolèrent Bouvard ; et Pécuchet, acharné sur le crâne, perdit courage devant le sphénoïde, bien qu’il ressemble à une « selle turque ou turquesque ».
La selle turcique est une partie du crâne humain, elle contient l'hypophyse, elle est le corps du sphénoïde et fait par conséquent partie de la fosse crânienne moyenne.
Quant aux articulations, trop de ligaments les cachaient, et ils attaquèrent les muscles.
Mais les insertions n’étaient pas commodes à découvrir, et, parvenus aux gouttières vertébrales, ils y renoncèrent complètement.
Pécuchet dit alors :
— Si nous reprenions la chimie, ne serait-ce que pour utiliser le laboratoire ?
Bouvard protesta, et il crut se rappeler que l’on fabriquait à l’usage des pays chauds des cadavres postiches.
Repensez au pharmacien Homais dans Madame Bovary, trop sensible pour observer une quelconque opération.
(...) Il était couleur brique, sans chevelure, sans peau, avec d’innombrables filets bleus, rouges et blancs le bariolant. Cela ne ressemblait point à un cadavre, mais à une espèce de joujou, fort vilain, très propre, et qui sentait le vernis.
Puis ils enlevèrent le thorax, et ils aperçurent les deux poumons, pareils à deux éponges ; le cœur tel qu’un gros œuf, un peu de côté par derrière, le diaphragme, les reins, tout le paquet des entrailles.
— À la besogne ! dit Pécuchet.
La journée et le soir y passèrent.
Ils avaient mis des blouses, comme font les carabins dans les amphithéâtres, et, à la lueur de trois chandelles, ils travaillaient leurs morceaux de carton, quand un coup de poing heurta la porte. « Ouvrez ! »
On appelait les medecins les carabins de la république, car ils intervenaient partout, inspecteurs ds les prisons, observateurs sociaux, prise en charge des malades mentaux...
Le XIXème est l'âge d'or de la medecine.
Début de la génétique en 1865. Flemming commence à dénombrer les chromosomes.
C’était M. Foureau, suivi du garde champêtre.
Les maîtres de Germaine s’étaient plu à lui montrer le bonhomme. Elle avait couru de suite chez l’épicier pour conter la chose, et tout le village croyait maintenant qu’ils recelaient dans leur maison un véritable mort. Foureau, cédant à la rumeur publique, venait s’assurer du fait ; des curieux se tenaient dans la cour.
(...) Et, prenant une des pièces sur la table :
— Qu’est-ce que c’est ?
— Le buccinateur, répondit Bouvard.
Le muscle buccinateur est un muscle large et peu épais de forme quadrilatère. Il s'agit d'un muscle de la joue situé de chaque côté du visage occupant et couvrant l'espace entre les mâchoires
(...) — Eh bien, les confrères, comment va l’anatomie ?
— Parfaitement, répondaient-ils.
Alors il posait des questions pour le plaisir de les confondre. Quand ils étaient las d’un organe, ils passaient à un autre, abordant ainsi et délaissant tour à tour le cœur, l’estomac, l’oreille, les intestins, car le bonhomme en carton les assommait, malgré leurs efforts pour s’y intéresser. .
M. Vaucorbeil s’étendit sur le charme qu’il éprouvait autrefois dans les dissections Différent des autopsies; et Bouvard demanda quels sont les rapports entre l’intérieur de la femme et celui de l’homme.
Afin de le satisfaire, le médecin tira de sa bibliothèque un recueil de planches anatomiques.
Essort de la biologie au XIXème: développement de la physiologie expérimentale, naissance de l'embryologie scientifique, fondation du musée national d'histoire naturelle et de l'institut pasteur.
1872: début de la taxidermie
— Emportez-les ! Vous les regarderez chez vous plus à votre aise !
Le squelette les étonna par la proéminence de sa mâchoire, les trous de ses yeux, la longueur effrayante de ses mains. Un ouvrage explicatif leur manquait; ils retournèrent chez M. Vaucorbeil, et, grâce au manuel d’Alexandre Lauth, (Alexandre Lauth . professeur de physiologie à la Faculté de médecine de Strasbourg) ils apprirent les divisions de la charpente, en s’ébahissant de l’épine dorsale (L'épine dorsale est constituée de 33 os ou vertèbres) , seize fois plus forte, dit-on, que si le Créateur l’eût faite droite.
http://flaubert.revues.org/index392.html: dossier sur la dimension médicale dans B et P.
— Pourquoi seize fois, précisément ?
Les métacarpiens désolèrent Bouvard ; et Pécuchet, acharné sur le crâne, perdit courage devant le sphénoïde, bien qu’il ressemble à une « selle turque ou turquesque ».
La selle turcique est une partie du crâne humain, elle contient l'hypophyse, elle est le corps du sphénoïde et fait par conséquent partie de la fosse crânienne moyenne.
Quant aux articulations, trop de ligaments les cachaient, et ils attaquèrent les muscles.
Mais les insertions n’étaient pas commodes à découvrir, et, parvenus aux gouttières vertébrales, ils y renoncèrent complètement.
Pécuchet dit alors :
— Si nous reprenions la chimie, ne serait-ce que pour utiliser le laboratoire ?
Bouvard protesta, et il crut se rappeler que l’on fabriquait à l’usage des pays chauds des cadavres postiches.
Repensez au pharmacien Homais dans Madame Bovary, trop sensible pour observer une quelconque opération.
(...) Il était couleur brique, sans chevelure, sans peau, avec d’innombrables filets bleus, rouges et blancs le bariolant. Cela ne ressemblait point à un cadavre, mais à une espèce de joujou, fort vilain, très propre, et qui sentait le vernis.
Puis ils enlevèrent le thorax, et ils aperçurent les deux poumons, pareils à deux éponges ; le cœur tel qu’un gros œuf, un peu de côté par derrière, le diaphragme, les reins, tout le paquet des entrailles.
— À la besogne ! dit Pécuchet.
La journée et le soir y passèrent.
Ils avaient mis des blouses, comme font les carabins dans les amphithéâtres, et, à la lueur de trois chandelles, ils travaillaient leurs morceaux de carton, quand un coup de poing heurta la porte. « Ouvrez ! »
On appelait les medecins les carabins de la république, car ils intervenaient partout, inspecteurs ds les prisons, observateurs sociaux, prise en charge des malades mentaux...
Le XIXème est l'âge d'or de la medecine.
Début de la génétique en 1865. Flemming commence à dénombrer les chromosomes.
C’était M. Foureau, suivi du garde champêtre.
Les maîtres de Germaine s’étaient plu à lui montrer le bonhomme. Elle avait couru de suite chez l’épicier pour conter la chose, et tout le village croyait maintenant qu’ils recelaient dans leur maison un véritable mort. Foureau, cédant à la rumeur publique, venait s’assurer du fait ; des curieux se tenaient dans la cour.
(...) Et, prenant une des pièces sur la table :
— Qu’est-ce que c’est ?
— Le buccinateur, répondit Bouvard.
Le muscle buccinateur est un muscle large et peu épais de forme quadrilatère. Il s'agit d'un muscle de la joue situé de chaque côté du visage occupant et couvrant l'espace entre les mâchoires
(...) — Eh bien, les confrères, comment va l’anatomie ?
— Parfaitement, répondaient-ils.
Alors il posait des questions pour le plaisir de les confondre. Quand ils étaient las d’un organe, ils passaient à un autre, abordant ainsi et délaissant tour à tour le cœur, l’estomac, l’oreille, les intestins, car le bonhomme en carton les assommait, malgré leurs efforts pour s’y intéresser. .
Libellés :
complement etude flaubert explication
EXtrait 2, BOuvard et Pecuchet, L'Anatomie, TEXTE SEUL
Et toujours, ATtention aux lignes!
— Ce doit être une belle étude que l’anatomie ?
M. Vaucorbeil s’étendit sur le charme qu’il éprouvait autrefois dans les dissections ; et Bouvard demanda quels sont les rapports entre l’intérieur de la femme et celui de l’homme.
Afin de le satisfaire, le médecin tira de sa bibliothèque un recueil de planches anatomiques.
— Emportez-les ! Vous les regarderez chez vous plus à votre aise !
Le squelette les étonna par la proéminence de sa mâchoire, les trous de ses yeux, la longueur effrayante de ses mains. Un ouvrage explicatif leur manquait; ils retournèrent chez M. Vaucorbeil, et, grâce au manuel d’Alexandre Lauth, ils apprirent les divisions de la charpente, en s’ébahissant de l’épine dorsale, seize fois plus forte, dit-on, que si le Créateur l’eût faite droite.
— Pourquoi seize fois, précisément ?
Les métacarpiens désolèrent Bouvard ; et Pécuchet, acharné sur le crâne, perdit courage devant le sphénoïde, bien qu’il ressemble à une « selle turque ou turquesque ».
Quant aux articulations, trop de ligaments les cachaient, et ils attaquèrent les muscles.
Mais les insertions n’étaient pas commodes à découvrir, et, parvenus aux gouttières vertébrales, ils y renoncèrent complètement.
Pécuchet dit alors :
— Si nous reprenions la chimie, ne serait-ce que pour utiliser le laboratoire ?
Bouvard protesta, et il crut se rappeler que l’on fabriquait à l’usage des pays chauds des cadavres postiches.
Barberou, auquel il écrivit, lui donna là-dessus des renseignements. Pour dix francs par mois, on pouvait avoir un des bonshommes de M. Auzoux, et, la semaine suivante, le messager de Falaise déposa devant leur grille une caisse oblongue.
Ils la transportèrent dans le fournil, pleins d’émotion. Quand les planches furent déclouées, la paille tomba, les papiers de soie glissèrent, le mannequin apparut.
Il était couleur brique, sans chevelure, sans peau, avec d’innombrables filets bleus, rouges et blancs le bariolant. Cela ne ressemblait point à un cadavre, mais à une espèce de joujou, fort vilain, très propre, et qui sentait le vernis.
Puis ils enlevèrent le thorax, et ils aperçurent les deux poumons, pareils à deux éponges ; le cœur tel qu’un gros œuf, un peu de côté par derrière, le diaphragme, les reins, tout le paquet des entrailles.
— À la besogne ! dit Pécuchet.
La journée et le soir y passèrent.
Ils avaient mis des blouses, comme font les carabins dans les amphithéâtres, et, à la lueur de trois chandelles, ils travaillaient leurs morceaux de carton, quand un coup de poing heurta la porte. « Ouvrez ! »
C’était M. Foureau, suivi du garde champêtre.
Les maîtres de Germaine s’étaient plu à lui montrer le bonhomme. Elle avait couru de suite chez l’épicier pour conter la chose, et tout le village croyait maintenant qu’ils recelaient dans leur maison un véritable mort. Foureau, cédant à la rumeur publique, venait s’assurer du fait ; des curieux se tenaient dans la cour.
Le mannequin, quand il entra, reposait sur le flanc, et les muscles de la face étant décrochés, l’œil faisait une saillie monstrueuse, avait quelque chose d’effrayant.
— Qui vous amène ? dit Pécuchet.
Foureau balbutia :
— Rien, rien du tout.
Et, prenant une des pièces sur la table :
— Qu’est-ce que c’est ?
— Le buccinateur, répondit Bouvard.
Foureau se tut, mais souriait d’une façon narquoise, jaloux de ce qu’ils avaient un divertissement au-dessus de sa compétence.
Les deux anatomistes feignaient de poursuivre leurs investigations. Les gens, qui s’ennuyaient sur le seuil, avaient pénétré dans le fournil, et comme on se poussait un peu, la table trembla.
— Ah ! c’est trop fort ! s’écria Pécuchet; débarrassez-nous du public !
Le garde champêtre fit partir les curieux.
— Très bien ! dit Bouvard, nous n’avons besoin de personne.
Foureau comprit l’allusion, et lui demanda s’ils avaient le droit, n’étant pas médecins, de détenir un objet pareil. Il allait, du reste, écrire au préfet.
— Quel pays ! on n’était pas plus inepte, sauvage et rétrograde. La comparaison qu’ils firent d’eux-mêmes avec les autres les consola ; ils ambitionnaient de souffrir pour la science.
Le docteur aussi vint les voir. Il dénigra le mannequin comme trop éloigné de la nature, mais profita de la circonstance pour faire une leçon.
Bouvard et Pécuchet furent charmés, et, sur leur désir, M.Vaucorbeil leur prêta plusieurs volumes de sa bibliothèque, affirmant toutefois qu’ils n’iraient pas jusqu’au bout.
Ils prirent en note, dans le Dictionnaire de sciences médicales, les exemples d’accouchement, de longévité, d’obésité et de constipation extraordinaires. Que n’avaient-ils connu le fameux Canadien de Beaumont, les polygraphes Tarare et Bijou, la femme hydropique du département de l’Eure, le Piémontais qui allait à la garde-robe tous les vingt jours, Simon de Mirepoix, mort ossifié, et cet ancien maire d’Angoulême, dont le nez pesait trois livres !
Le cerveau leur inspira des réflexions philosophiques. Ils distinguaient fort bien dans l’intérieur le septum lucidum, composé de deux lamelles, et la glande pinéale, qui ressemble à un petit pois rouge ; mais il y avait des pédoncules et des ventricules, des arcs, des piliers, des étages, des ganglions et des fibres de toutes sortes, et le foramen de Pacchioni, et le corps de Paccini, bref, un amas inextricable, de quoi user leur existence.
Quelquefois, dans un vertige, ils démontaient complètement le cadavre, puis se trouvaient embarrassés pour remettre en place les morceaux.
Cette besogne était rude, après le déjeuner surtout, et ils ne tardaient pas à s’endormir, Bouvard, le menton baissé, l’abdomen en avant, Pécuchet, la tête dans les mains, avec ses deux coudes sur la table.
Souvent, à ce moment-là, M. Vaucorbeil, qui terminait ses premières visites, entr’ouvrait la porte.
— Eh bien, les confrères, comment va l’anatomie ?
— Parfaitement, répondaient-ils.
Alors il posait des questions pour le plaisir de les confondre.
Quand ils étaient las d’un organe, ils passaient à un autre, abordant ainsi et délaissant tour à tour le cœur, l’estomac, l’oreille, les intestins, car le bonhomme en carton les assommait, malgré leurs efforts pour s’y intéresser. Enfin le docteur les surprit comme ils le reclouaient dans sa boîte.
— Bravo ! je m’y attendais.
On ne pouvait à leur âge entreprendre ces études ; et le sourire accompagnant ces paroles les blessa profondément.
— Ce doit être une belle étude que l’anatomie ?
M. Vaucorbeil s’étendit sur le charme qu’il éprouvait autrefois dans les dissections ; et Bouvard demanda quels sont les rapports entre l’intérieur de la femme et celui de l’homme.
Afin de le satisfaire, le médecin tira de sa bibliothèque un recueil de planches anatomiques.
— Emportez-les ! Vous les regarderez chez vous plus à votre aise !
Le squelette les étonna par la proéminence de sa mâchoire, les trous de ses yeux, la longueur effrayante de ses mains. Un ouvrage explicatif leur manquait; ils retournèrent chez M. Vaucorbeil, et, grâce au manuel d’Alexandre Lauth, ils apprirent les divisions de la charpente, en s’ébahissant de l’épine dorsale, seize fois plus forte, dit-on, que si le Créateur l’eût faite droite.
— Pourquoi seize fois, précisément ?
Les métacarpiens désolèrent Bouvard ; et Pécuchet, acharné sur le crâne, perdit courage devant le sphénoïde, bien qu’il ressemble à une « selle turque ou turquesque ».
Quant aux articulations, trop de ligaments les cachaient, et ils attaquèrent les muscles.
Mais les insertions n’étaient pas commodes à découvrir, et, parvenus aux gouttières vertébrales, ils y renoncèrent complètement.
Pécuchet dit alors :
— Si nous reprenions la chimie, ne serait-ce que pour utiliser le laboratoire ?
Bouvard protesta, et il crut se rappeler que l’on fabriquait à l’usage des pays chauds des cadavres postiches.
Barberou, auquel il écrivit, lui donna là-dessus des renseignements. Pour dix francs par mois, on pouvait avoir un des bonshommes de M. Auzoux, et, la semaine suivante, le messager de Falaise déposa devant leur grille une caisse oblongue.
Ils la transportèrent dans le fournil, pleins d’émotion. Quand les planches furent déclouées, la paille tomba, les papiers de soie glissèrent, le mannequin apparut.
Il était couleur brique, sans chevelure, sans peau, avec d’innombrables filets bleus, rouges et blancs le bariolant. Cela ne ressemblait point à un cadavre, mais à une espèce de joujou, fort vilain, très propre, et qui sentait le vernis.
Puis ils enlevèrent le thorax, et ils aperçurent les deux poumons, pareils à deux éponges ; le cœur tel qu’un gros œuf, un peu de côté par derrière, le diaphragme, les reins, tout le paquet des entrailles.
— À la besogne ! dit Pécuchet.
La journée et le soir y passèrent.
Ils avaient mis des blouses, comme font les carabins dans les amphithéâtres, et, à la lueur de trois chandelles, ils travaillaient leurs morceaux de carton, quand un coup de poing heurta la porte. « Ouvrez ! »
C’était M. Foureau, suivi du garde champêtre.
Les maîtres de Germaine s’étaient plu à lui montrer le bonhomme. Elle avait couru de suite chez l’épicier pour conter la chose, et tout le village croyait maintenant qu’ils recelaient dans leur maison un véritable mort. Foureau, cédant à la rumeur publique, venait s’assurer du fait ; des curieux se tenaient dans la cour.
Le mannequin, quand il entra, reposait sur le flanc, et les muscles de la face étant décrochés, l’œil faisait une saillie monstrueuse, avait quelque chose d’effrayant.
— Qui vous amène ? dit Pécuchet.
Foureau balbutia :
— Rien, rien du tout.
Et, prenant une des pièces sur la table :
— Qu’est-ce que c’est ?
— Le buccinateur, répondit Bouvard.
Foureau se tut, mais souriait d’une façon narquoise, jaloux de ce qu’ils avaient un divertissement au-dessus de sa compétence.
Les deux anatomistes feignaient de poursuivre leurs investigations. Les gens, qui s’ennuyaient sur le seuil, avaient pénétré dans le fournil, et comme on se poussait un peu, la table trembla.
— Ah ! c’est trop fort ! s’écria Pécuchet; débarrassez-nous du public !
Le garde champêtre fit partir les curieux.
— Très bien ! dit Bouvard, nous n’avons besoin de personne.
Foureau comprit l’allusion, et lui demanda s’ils avaient le droit, n’étant pas médecins, de détenir un objet pareil. Il allait, du reste, écrire au préfet.
— Quel pays ! on n’était pas plus inepte, sauvage et rétrograde. La comparaison qu’ils firent d’eux-mêmes avec les autres les consola ; ils ambitionnaient de souffrir pour la science.
Le docteur aussi vint les voir. Il dénigra le mannequin comme trop éloigné de la nature, mais profita de la circonstance pour faire une leçon.
Bouvard et Pécuchet furent charmés, et, sur leur désir, M.Vaucorbeil leur prêta plusieurs volumes de sa bibliothèque, affirmant toutefois qu’ils n’iraient pas jusqu’au bout.
Ils prirent en note, dans le Dictionnaire de sciences médicales, les exemples d’accouchement, de longévité, d’obésité et de constipation extraordinaires. Que n’avaient-ils connu le fameux Canadien de Beaumont, les polygraphes Tarare et Bijou, la femme hydropique du département de l’Eure, le Piémontais qui allait à la garde-robe tous les vingt jours, Simon de Mirepoix, mort ossifié, et cet ancien maire d’Angoulême, dont le nez pesait trois livres !
Le cerveau leur inspira des réflexions philosophiques. Ils distinguaient fort bien dans l’intérieur le septum lucidum, composé de deux lamelles, et la glande pinéale, qui ressemble à un petit pois rouge ; mais il y avait des pédoncules et des ventricules, des arcs, des piliers, des étages, des ganglions et des fibres de toutes sortes, et le foramen de Pacchioni, et le corps de Paccini, bref, un amas inextricable, de quoi user leur existence.
Quelquefois, dans un vertige, ils démontaient complètement le cadavre, puis se trouvaient embarrassés pour remettre en place les morceaux.
Cette besogne était rude, après le déjeuner surtout, et ils ne tardaient pas à s’endormir, Bouvard, le menton baissé, l’abdomen en avant, Pécuchet, la tête dans les mains, avec ses deux coudes sur la table.
Souvent, à ce moment-là, M. Vaucorbeil, qui terminait ses premières visites, entr’ouvrait la porte.
— Eh bien, les confrères, comment va l’anatomie ?
— Parfaitement, répondaient-ils.
Alors il posait des questions pour le plaisir de les confondre.
Quand ils étaient las d’un organe, ils passaient à un autre, abordant ainsi et délaissant tour à tour le cœur, l’estomac, l’oreille, les intestins, car le bonhomme en carton les assommait, malgré leurs efforts pour s’y intéresser. Enfin le docteur les surprit comme ils le reclouaient dans sa boîte.
— Bravo ! je m’y attendais.
On ne pouvait à leur âge entreprendre ces études ; et le sourire accompagnant ces paroles les blessa profondément.
EXtrait 1, ZOla, le Roman expérimental
Attention à remettre en Word avec les bonnes lignes pour les oraux blancs!
SEQUENCE : Le roman et ses personnages.
Texte 1 :
Eh bien ! en revenant au roman, nous voyons également que le romancier est fait d'un observateur et d'un expérimentateur. L'observateur chez lui donne les faits tels qu'il les a observés, pose le point de départ, établit le terrain solide sur lequel vont marcher les personnages et se développer les phénomènes. Puis, l'expérimentateur paraît et institue l'expérience, je veux dire fait mouvoir les personnages dans une histoire particulière, pour y montrer que la succession des faits y sera telle que l'exige le déterminisme des phénomènes mis à l'étude. C'est presque toujours ici une expérience "pour voir", comme l'appelle Claude Bernard. Le romancier part à la recherche d'une vérité. [...] En somme, toute l'opération consiste à prendre des faits dans la nature, puis à étudier le mécanisme des faits, en agissant sur eux par les modifications des circonstances et des milieux, sans jamais s'écarter des lois de la nature. Au bout, il y a la connaissance de l'homme, la connaissance scientifique, dans son action individuelle et sociale.
Sans doute, nous sommes loin ici des certitudes de la chimie et même de la physiologie. Nous ne connaissons point encore les réactifs qui décomposent les passions et qui permettent de les analyser. Souvent, dans cette étude, je rappellerai ainsi que le roman expérimental est plus jeune que la médecine expérimentale, laquelle pourtant est à peine née. Mais je n'entends pas constater les résultats acquis, je désire simplement exposer clairement une méthode. [...] Il est indéniable que le roman naturaliste, tel que nous le comprenons à cette heure, est une expérience véritable que le romancier fait sur l'homme, en s'aidant de l'observation.
Zola, Le Roman Expérimental, 1880
Document complémentaire , Zola,
Claude Bernard discute longuement sur l'observation et sur l'expérience. Il existe d'abord une ligne de démarcation bien nette. La voici: "On donne le nom d'observateur à celui qui applique les procédés d'investigations simples ou complexes à l'étude des phénomènes qu'il ne fait pas varier et qu'il recueille par conséquent tels que la nature les lui offre; on donne le nom d'expérimentateur à celui qui emploie les procédés d'investigations simples ou complexes pour faire varier ou modifier, dans un but quelconque, les phénomènes naturels et les faire apparaître dans des circonstances ou dans des conditions dans lesquelles la nature ne les présentait pas." Par exemple, l'astronomie est une science d'observation, parce qu'on ne conçoit pas un astronome agissant sur les astres; tandis que la chimie est une science d'expérimentation car le chimiste agit sur la nature et la modifie. Telle est, selon Claude Bernard, la seule distinction vraiment importante qui sépare l'observateur de l'expérimentateur.
Je ne puis le suivre dans sa discussion des différentes définitions données jusqu'à ce jour. Comme je l'ai dit, il finit par conclure que l'expérience n'est au fond qu'une observation provoquée. Je cite : "Dans la méthode expérimentale, la recherche des faits, c'est-à-dire l'investigation, s'accompagne toujours d'un raisonnement, de sorte que, le plus ordinairement, l'expérimentateur fait une expérience pour contrôler ou vérifier la valeur d'une idée expérimentale. Alors, on peut dire que, dans ce cas, l'expérience est une observation provoquée dans un but de contrôle." Du reste, pour arriver à déterminer ce qu'il peut y avoir d'observation et d'expérimentation dans le roman naturaliste, je n'ai besoin que des passages suivants: "L'observateur constate purement et simplement les phénomènes qu'il a sous les yeux... Il doit être le photographe des phénomènes; son observation doit représenter exactement la nature... Il écoute la nature, et il écrit sous sa dictée. Mais une fois le fait constaté et le phénomène bien observé, l'idée arrive, le raisonnement intervient, et l'expérimentateur apparaît pour interpréter le phénomène. L'expérimentateur est celui qui, en vertu d'une interprétation plus ou moins probable, mais anticipée, des phénomènes observés, institue l'expérience de manière que, dans l'ordre logique des prévisions, elle fournisse un résultat qui serve de contrôle à l'hypothèse ou à l'idée préconçue... Dès le moment où le résultat de l'expérience se manifeste, l'expérimentateur se trouve en face d'une véritable observation qu'il a provoquée, et qu'il faut constater, comme toute observation, sans idée préconçue
SEQUENCE : Le roman et ses personnages.
Texte 1 :
Eh bien ! en revenant au roman, nous voyons également que le romancier est fait d'un observateur et d'un expérimentateur. L'observateur chez lui donne les faits tels qu'il les a observés, pose le point de départ, établit le terrain solide sur lequel vont marcher les personnages et se développer les phénomènes. Puis, l'expérimentateur paraît et institue l'expérience, je veux dire fait mouvoir les personnages dans une histoire particulière, pour y montrer que la succession des faits y sera telle que l'exige le déterminisme des phénomènes mis à l'étude. C'est presque toujours ici une expérience "pour voir", comme l'appelle Claude Bernard. Le romancier part à la recherche d'une vérité. [...] En somme, toute l'opération consiste à prendre des faits dans la nature, puis à étudier le mécanisme des faits, en agissant sur eux par les modifications des circonstances et des milieux, sans jamais s'écarter des lois de la nature. Au bout, il y a la connaissance de l'homme, la connaissance scientifique, dans son action individuelle et sociale.
Sans doute, nous sommes loin ici des certitudes de la chimie et même de la physiologie. Nous ne connaissons point encore les réactifs qui décomposent les passions et qui permettent de les analyser. Souvent, dans cette étude, je rappellerai ainsi que le roman expérimental est plus jeune que la médecine expérimentale, laquelle pourtant est à peine née. Mais je n'entends pas constater les résultats acquis, je désire simplement exposer clairement une méthode. [...] Il est indéniable que le roman naturaliste, tel que nous le comprenons à cette heure, est une expérience véritable que le romancier fait sur l'homme, en s'aidant de l'observation.
Zola, Le Roman Expérimental, 1880
Document complémentaire , Zola,
Claude Bernard discute longuement sur l'observation et sur l'expérience. Il existe d'abord une ligne de démarcation bien nette. La voici: "On donne le nom d'observateur à celui qui applique les procédés d'investigations simples ou complexes à l'étude des phénomènes qu'il ne fait pas varier et qu'il recueille par conséquent tels que la nature les lui offre; on donne le nom d'expérimentateur à celui qui emploie les procédés d'investigations simples ou complexes pour faire varier ou modifier, dans un but quelconque, les phénomènes naturels et les faire apparaître dans des circonstances ou dans des conditions dans lesquelles la nature ne les présentait pas." Par exemple, l'astronomie est une science d'observation, parce qu'on ne conçoit pas un astronome agissant sur les astres; tandis que la chimie est une science d'expérimentation car le chimiste agit sur la nature et la modifie. Telle est, selon Claude Bernard, la seule distinction vraiment importante qui sépare l'observateur de l'expérimentateur.
Je ne puis le suivre dans sa discussion des différentes définitions données jusqu'à ce jour. Comme je l'ai dit, il finit par conclure que l'expérience n'est au fond qu'une observation provoquée. Je cite : "Dans la méthode expérimentale, la recherche des faits, c'est-à-dire l'investigation, s'accompagne toujours d'un raisonnement, de sorte que, le plus ordinairement, l'expérimentateur fait une expérience pour contrôler ou vérifier la valeur d'une idée expérimentale. Alors, on peut dire que, dans ce cas, l'expérience est une observation provoquée dans un but de contrôle." Du reste, pour arriver à déterminer ce qu'il peut y avoir d'observation et d'expérimentation dans le roman naturaliste, je n'ai besoin que des passages suivants: "L'observateur constate purement et simplement les phénomènes qu'il a sous les yeux... Il doit être le photographe des phénomènes; son observation doit représenter exactement la nature... Il écoute la nature, et il écrit sous sa dictée. Mais une fois le fait constaté et le phénomène bien observé, l'idée arrive, le raisonnement intervient, et l'expérimentateur apparaît pour interpréter le phénomène. L'expérimentateur est celui qui, en vertu d'une interprétation plus ou moins probable, mais anticipée, des phénomènes observés, institue l'expérience de manière que, dans l'ordre logique des prévisions, elle fournisse un résultat qui serve de contrôle à l'hypothèse ou à l'idée préconçue... Dès le moment où le résultat de l'expérience se manifeste, l'expérimentateur se trouve en face d'une véritable observation qu'il a provoquée, et qu'il faut constater, comme toute observation, sans idée préconçue
Bouvard et Pecuchet, ensemble de trois études analytiques
Voici les trois prochains textes d’étude in Le Roman et ses personnages
• 1) Chap III, p 118, « ce doit être une belle étude que l’Anatomie….les blessa profondément » p122
• 2) Chap VI, « dans la matinée….hommage rendu à leurs principes » p228
• 3) Chap X, p 371, « Rien n’est stupide comme de faire apprendre…tels étaient leurs caractères. » p 373
Extrait 1, Bouvard et Pecuchet
I- Des pseudos savants
1) Une forme de parodie
• l'imitation déformée d'une situation ou d'une œuvre
• intention : critiquer en ce moquant
2) Des comédiens
• Dimension carnavalesque
3) Une satire de la science
• représentation critique et comique d'un défaut, d'un vice, d'un mensonge observé dans la réalité, sur le plan moral, politique ou social
• implique une distance, un détachement
• 1) Chap III, p 118, « ce doit être une belle étude que l’Anatomie….les blessa profondément » p122
• 2) Chap VI, « dans la matinée….hommage rendu à leurs principes » p228
• 3) Chap X, p 371, « Rien n’est stupide comme de faire apprendre…tels étaient leurs caractères. » p 373
Extrait 1, Bouvard et Pecuchet
I- Des pseudos savants
1) Une forme de parodie
• l'imitation déformée d'une situation ou d'une œuvre
• intention : critiquer en ce moquant
2) Des comédiens
• Dimension carnavalesque
3) Une satire de la science
• représentation critique et comique d'un défaut, d'un vice, d'un mensonge observé dans la réalité, sur le plan moral, politique ou social
• implique une distance, un détachement
II- La dimension théâtrale :
1) Le burlesque
• Critique
• Réaliste
• Et bouffonne
• De la société
• cherche à amuser le public, à déclencher le rire
2) Les costumes et le décor
III- Un semblant d’encyclopédie
1) L’encyclopédie au XVIIIème :
• Avec le Siècle des lumières, apparaîtrait un nouveau genre, le genre encyclopédique, assorti de planches et célébrant les progrès des sciences et techniques.
• la raison triomphe
• jugement critique des philosophes touche de nombreux domaines : la religion, la condition humaine, la législation, les connaissances humaines
• « C'est l'histoire de ces deux bonshommes qui copient, une espèce d'encyclopédie critique en farce. Vous devez en avoir une idée ? Pour cela, il va me falloir étudier beaucoup de choses que j'ignore : la chimie, la médecine, l'agriculture. Je suis maintenant dans la médecine. - Mais il faut être fou et triplement frénétique pour entreprendre un pareil bouquin ! » A Edma Roger des Genettes. 19 août 1872.
« Ce que c'est ? Cela est difficile à dire en peu de mots. Le sous-titre serait : Du défaut de méhode dans les sciences. Bref, j'ai la prétention de faire une revue de toutes les idées modernes »
2) Une forme d’épopée
3) La portée morale
1) L’encyclopédie au XVIIIème :
• Avec le Siècle des lumières, apparaîtrait un nouveau genre, le genre encyclopédique, assorti de planches et célébrant les progrès des sciences et techniques.
• la raison triomphe
• jugement critique des philosophes touche de nombreux domaines : la religion, la condition humaine, la législation, les connaissances humaines
• « C'est l'histoire de ces deux bonshommes qui copient, une espèce d'encyclopédie critique en farce. Vous devez en avoir une idée ? Pour cela, il va me falloir étudier beaucoup de choses que j'ignore : la chimie, la médecine, l'agriculture. Je suis maintenant dans la médecine. - Mais il faut être fou et triplement frénétique pour entreprendre un pareil bouquin ! » A Edma Roger des Genettes. 19 août 1872.
« Ce que c'est ? Cela est difficile à dire en peu de mots. Le sous-titre serait : Du défaut de méhode dans les sciences. Bref, j'ai la prétention de faire une revue de toutes les idées modernes »
2) Une forme d’épopée
3) La portée morale
Le livre est donc une revue de toutes les sciences, telles qu'elles apparaissent à deux esprits assez lucides, médiocres et simples. C'est en même temps un formidable amoncellement de savoir, et surtout, une prodigieuse critique de tous les systèmes scientifiques opposés les uns aux autres, se détruisant les uns les autres par les éternelles contradictions des auteurs, les contradictions des faits, les contradictions des lois reconnues, indiscutées. C'est l'histoire de la faiblesse de l'intelligence humaine, une promenade dans le labyrinthe infini de l'érudition avec un fil dans la main ; ce fil est la grande ironie d'un merveilleux penseur qui constate sans cesse, en tout, l'éternelle et universelle bêtise. Maupassant
Dictionnaire des idées reçues, extrait BAC
Rattrapée par la grippe, j'en profite pour publier ce qui attendait. Pour lundi, les explications sur chacun des termes de ce dictionnaire seront prêtes.
Flaubert, Dictionnaire des idées reçues
Absinthe : Poison extra-violent : un verre et vous êtes mort. Les journalistes en boivent pendant qu'ils écrivent leurs articles. A tué plus de soldats que les Bédouins.
Académie Française : La dénigrer, mais tâcher d'en faire partie si on peut
Antechrist : Voltaire, Renan...
Argent : Cause de tout le mal. Auri sacra fames. Le dieu du jour (ne pas confondre avec Apollon). Les ministres le nomment traitement, les notaires émoluments, les médecins honoraires, les employés appointements, les ouvriers salaires, les domestiques gages. L'argent ne fait pas le bonheur.
Célébrité : Les célébrités : s'inquiéter du moindre détail de leur vie privée, afin de pouvoir les dénigrer
Décors de théâtre : N'est pas de la peinture : il suffit de jeter en vrac sur la toile un seau de couleurs ; puis on l'étend avec un balai ; et l'éloignement avec la lumière fait l'illusion.
Docteur : Toujours précédé de bon, et, entre hommes, dans la conversation, de foutre : "Ah! foutre, docteur !" Est un aigle quand il a votre confiance, n'est plus qu'un âne dès que vous êtes brouillés. Tous matérialistes. "C'est qu'on ne trouve pas la foi au bout d'un scalpel."
Ecoles : Polytechnique, rêve de toutes les mères (vieux). Terreur du bourgeois dans les émeutes quand il apprend que l'Ecole Polytechnique sympathise avec les ouvriers (vieux). Dire simplement "l'Ecole" fait accroire qu'on y a été. A Saint-Cyr : jeunes gens nobles. A l'Ecole de Médecine : tous exaltés. A l'Ecole de Droit : jeunes gens de bonne famille.
Idéal : Tout à fait inutile.
Imagination : Toujours vive. S'en défier. Quand on n'en a pas, la dénigrer chez les autres. Pour écrire des romans, il suffit d'avoir de l'imagination.
La Fontaine : Soutenir qu'on n'a jamais lu ses contes. L'appeler le Bonhomme, l'immortel fabuliste.
Littérature : Occupation des oisifs
Nègre : Il faut parler nègre pour se faire comprendre d'un étranger, quelle que soit sa nationalité. S'emploie aussi dans le style télégraphique
Sciences : Un peu de science écarte de la religion et beaucoup y ramène
COmplément cours:
- Le DICTIONNAIRE:
En 1863 paraît le 1er fascicule du Grand Dictionnaire universel du XIXè siècle de Pierre Larousse. C'est le premier grand dictionnaire encyclopédique de vulgarisation.
=) clin d'oeil de Flaubert à l'esprit de son époque.
- quant au DICTIONNAIRE de VOLTAIRE, il est ici: http://www.voltaire-integral.com/Html/00Table/4diction.htm
- quelques infos sur l'absinthe: http://www.museeabsinthe.com/
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